Bouillonnements

02/03/2021

 Depuis une semaine maintenant, cela remue à l'intérieur de moi. Cela remue dans ma tête, mes pensées se chamaillent et cela remue dans mon ventre sourdement, profondément. Je lis, j'écoute, je m'informe. J'ai attendu comme tous les artistes précaires le 06 mai 2020, pour espérer avoir des réponses à cette interrogation simple, quel droits aurons nous ? A partir de là, comment gérer l'après confinement, gérer, car il s'agit bien de gestions en fait, d'organisation, pour ne pas couler, pour pouvoir continuer à créer, même si les formes changent. Mais avant de penser, formes nouvelles, il faut déjà que les outils qui permettent la création de ces formes artistiques novatrices tiennent le choc. Je suis dans cette réalité là, dans ce concret là (le jambon et le fromage qui permettront de chevaucher le tigre ! ). Cela pourrait m'apaiser de trouver des solutions, c'est apaisant parfois. Mais je sens bien que ce n'est pas cela qui m'agite, ce n'est pas cela qui bouillonne. Ce qui bouillonne en moi et afflue de toute part, ce sont mes convictions profondes qui s'entrechoquent et tournoient comme cherchant une sortie. Je crois que j'ai envie de me retrouver face à la mer et de hurler, afin que tout cela sorte de moi. Ce ne serait pas un hurlement de désespoir, non, pas de désespoir dans ce bouillonnement. Mais un hurlement faisant le tri, un hurlement libérateur. En fait c'est la femme citoyenne et non l'artiste qui hurle en moi. L'artiste tout compte fait est assez calme et bien nourrie en ce moment, elle écrit, elle enregistre une forme de théâtre radiophonique de ses écrits, elle y prend énormément de plaisir, et heureusement, puisqu'elle ne gagne pour l'instant plus sa vie avec son activité, il faut donc, que du coup, le plaisir intense soit au rendez-vous et la liberté absolue aussi. Oui, c'est bien la femme citoyenne qui hurle et bouillonne à l'intérieur de moi. Je crois que je sature d'informations, sûrement, mais aussi de ces paroles d'experts en grande majorité masculines que l'on retrouve à chaque coin de média. Je crois que je perçois instinctivement les dangers qui nous attendent, et que je cherche désespérément des solutions à ma petite échelle de femme lambda et que justement à l'inverse de la gestion de cies ou de projets à venir, la tâche me semble bien plus herculéenne. Je ne veux pas du monde que les puissants nous prépare. Je ne veux pas être muselée, je ne veux pas être surveillée, je ne veux pas d'une reprise économique brutale et violente pour les travailleuses et travailleurs et pour la nature aussi, Cette nature qui s'est de nouveau épanouie, dans cette toute petite fenêtre, ce tout petit répit qui lui a été offerte. Je ne veux pas d'un monde masculinisé à outrance, je ne veux plus de discours de guerre, je ne veux plus de guerre, je ne veux plus de famine, Je ne veux pas que mes droits, à la base fragiles, de femme, prennent un coup dans la gueule et que je ne puisse rien y changer. Et tout cela tournoie, tournoie de plus en plus fort à mesure que le dé-confinement approche, comme si la guerrière que je suis aussi, se préparait à en découdre. Je me sens très animale en fait, pas angoissée, mais aux aguets, vigilante, je n'ai aucune envie d'être gentille, bienveillante oui, gentille non ! Pour le monde, la terre, nous même, nous ne pouvons plus être gentil-le-s. C'est dommage, c'est triste aussi, mais notre époque, politique, économique, ne nous le permet pas, ne nous le permet plus. Je sens tout cela, profondément en moi, et quel bouillonnement !  

Texte écrit en mai 2020