ESPERER...

11/04/2026

Espérer.
Pourquoi espérer ?
Est ce vraiment utile ?
Est ce vraiment un moteur nécessaire pour vivre, n'est ce pas trop casse gueule ?
Posons le postulat de ne plus espérer et de continuer à faire, à créer, à inventer. Y croire contre vent et marée, peu importe les obstacles, faire et y croire.
Est-ce que espérer c'est y croire ?
Ahaha ! Vaste question.
Est ce que l'espoir est une question de foi ?
Foi au sens laïque et simple du terme, croire sans douter de quoique ce soit. Un truc inébranlable, indeboulonnable, rivé à l'intérieur de soi à tout jamais. Croire en soi et que tout est possible... C'est pas donné à tout le monde. C'est même pour la plupart d'entre nous une denrée rare.
Avoir foi en sa bonne étoile ? C'est commencé à espérer...
L'espoir ne nous concerne pas personnellement, en fait. Je n'ai pas espoir en moi, mais en quelque chose de plus grand, ma bonne étoile par exemple. J'ai espoir en les autres et aux conjectures favorables, ce truc incroyable qui fait que toutes les pièces du puzzle, proposé à l'instant T, s'emboîtent parfaitement.
L'espoir est vaste et varié. Il change perpétuellement au gré du temps et des besoins.
On espère être compris-e, on espère être cru-e, on espère être aimé-e, on espère réaliser nos rêves même les plus dingues, on espère pouvoir faire un beau métier qui nous semble avoir du sens on espère être embauchée ou sinon gagner au loto, on espère faire toujours au mieux, on espère que le monde sera meilleur, on espère vivre heureu-se, on espère que la vie nous épargnera,on espère ne pas mourir trop jeune ni celles et ceux que l'on aime, on espère tant et tant de choses à la minute que la liste est bien trop longue à énumérer. Je ne ferai pas de liste de nos espoirs malsains ou dégueulasses, on est humains, hélas. Ces espoirs là pour moi n'ont pas grand intérêt.
L'espoir est soumis à la conjoncture, soumis à nos rencontres, aux autres et à comment tout cela interagit avec nos propositions et nos actions.
Et c'est bien là que les limites de l'espoir se posent, que l'espoir est fragile, toujours sur le fil, jamais sécure. Les autres, la temporalité, les conjonctures tout cela c'est tellement aléatoire, imprévisible. Rien n'est vraiment maîtrisable, rien absolument rien. Pourquoi la bonne rencontre à tel moment ? Et pourquoi la mauvaise à tel autre ? On espère pouvoir rencontrer les bonnes personnes, faire avec celles ci de belles choses, déclencher les envies et créer du lien et de la confiance ? On espère, oui et parfois ça marche impeccablement et d'autres fois c'est un joyeux ou triste bordel sans nom. Une petite catastrophe qui anéantiera tout espoir justement. Et pourtant dans ces méandres là, non voulus, on garde l'espoir que cela s'arrangera, qu'on y arrivera, qu'on se sortira de ce bourbier non prévu.
Nous aide -t -il vraiment à ce moment-là l'espoir, lorsque l'interaction entre les gens ne fonctionne pas, lorsque la sauce ne prend pas comme l'on dit ? Ne nous maintient-il pas dans l'illusion ? Et ne vaudrait-il pas mieux avoir le courage de dire stop, on arrête, ça ne marche pas.
Avoir confiance et de l'espoir tout le temps, n'est ce pas se bercer d'illusions, n'est ce pas refuser de grandir, de devenir réaliste, pragmatique ?
Le juste milieu, me direz vous, il faut trouver le juste milieu.
Toujours ce foutu juste milieu, cette balance précaire, qu'il faut jauger à vue de nez... Équilibre intérieur qui freine et bouffe pas mal les élans tout gorgés de trop d'espoirs insensés.
Espérer quoi au juste ?
Pas trop, en tout cas, c'est casse gueule à souhait. C'est tentant pourtant.
Espérer des autres c'est un peu leur remettre sa vie entre leurs mains en espérant qu'ils ou elles ne la foutent pas en l'air.
Dans nos métiers artistiques c'est monnaie courante, et parfois cela finit bien mal, on en parle peu, c'est tabou. En amour c'est monnaie courante et idem la mort peut même être au rdv. Revenons à nos métiers, nous qui vendons du rêve comme on dit, nous qui embarquons les autres dans nos histoires, avant même qu'elles existent ces histoires, il faut d'abord espérer qu'elles plaisent sur le papier... Et pour cela aujourd'hui il nous faut trouver des arguments de... vente... Être concret, avoir des objectifs, des plans budgétaires, un dossier de production bien construit et la petite touche artistique finale pleine d'espoir. L'espoir du succès avant tout. Notre monde est commercial, tout se vend et tout s'achète,  du coup l'enjeu de nos espoirs se déplacent. En ce moment mon métier perd de son sens premier à tous les niveaux, même lorsque je suis formatrice, ce qui jusqu'à maintenant me semblait encore un pré carré bien protégé où je pouvais pratiquer mon art à ma manière... Mon espoir d'y remédier s'épuise un peu plus chaque année passée à travailler dans une temporalité qui n'est plus là mienne, sur des objectifs imposés par un projet que je n'ai pas créé, pensé, rêvé et espéré...
Aujourd'hui la question est, suis je un bon investissement ? A tout point de vue, financier, humain et artistique.
Dans cette conjoncture là précisément, tous mes espoirs s'envolent, je ne suis plus sur mon territoire. Le mot investissement me tétanise et me glace, même s'il n'est jamais prononcé, il est de plus en plus l'objectif numéro un dans ce monde "réinventé" de La Culture.
Hélas, j'ai besoin de croire et d'espérer pour créer. J'ai besoin de ne pas être totalement lucide, pragmatique et en train de penser étude de terrain et rentabilité. J'ai besoin de m'éloigner du cartésien et d'avoir l'espoir que cette histoire naissante touchera, fera écho, sera le petit caillou capable de produire dans l'eau des ondes de plus en plus grande. Et que ces ondes permettront les bonnes rencontres pour que la chose pas encore née, prenne vie. Ce sont des moteurs puissants, galvanisants, croire en moi et les autres, espérer que tout s'emboitera parfaitement, que toutes les pièces de ce puzzle magique font bien partie du même puzzle et non pas de plusieurs différents, espérer qu'une forme de chance, extérieure à moi, que je peux certes favoriser, aider, mais hélas, que je ne peux pas complètement générer, donne abondamment de l'eau à mon moulin.
On est parfois peu de chose suivant l'époque dans laquelle on vit. Les temps changent fréquemment, la roue tourne bien souvent.
Pourtant je me rends compte que j'ai souvent trop espéré des autres et peut-être pas assez cru en moi. Je me rends compte que les autres sont mes sources d'inspiration, mes élans, mes envies et que tout compte fait je n'ai pas trop d'ambition toute personnelle, que je suis depuis toute petite très contemplative et aquatique, que je peux me contenter de suivre le mouvement de l'eau, s'il est beau.
Dois-je réviser ma copie et déplacer mon centre de gravité ?
Ah ! Si j'étais riche, comme dit la chanson... J'espère un jour gagner au loto, mais je ni joue quasiment jamais... J'aurais moins à compter sur les autres et donc moins à en espérer .
Je pose ici tous ces questionnements. J'ai créé cet espace d'écriture pour cela...
Ça va sûrement infuser, prendre le temps de mes contemplations, pour, un beau jour, réussir à formuler quelque chose qui émergera sans crier gare, comme d'habitude.
Lumineuses salutations.

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