Les havres de paix de ma mère.
Je me suis toujours réfugiée au chaud des havres de paix de ma mère, ses bras, enfant à Courcelles, son premier chez elle en solo rue Mongalet juste après son divorce, puis à Belleville tout en haut d'un vieil immeuble plein de charme, à Montrouge où elle y a fini sa vie. Les appartements de ma mère, douillets, simples, remplis de livres et de musique, de jolis objets, ont été mes havres de paix. Je ne revenais pas vivre chez elle, non, je venais m'y ressourcer quelques jours, y reprendre des forces, m'abandonner à sa tendresse un peu bourrue et pudique de Petite Ourse attentive. Et puis parler, échanger dans une grande joie, en toute sécurité, car l'amour y était indéfectible et protecteur, sans jamais se faire lourd ou intrusif. Aujourd'hui j'ai des petits bouts de son dernier havre de paix dans ma petite maison de village des Landes, sans jardin hélas. Ils renforcent tous mes efforts constants et salvateurs afin que notre nouveau nid soit un véritable havre de paix, imprenable, indéboulonnable, douillet, résistant à l'adversité et tout autres misères. Au début presque une bulle forteresse, nous offrant enfin un peu de répit à Léo et moi... Nous arrivions de l'enfer... En construisant ce nid je continuais de me réfugier quelques jours chez elle afin de panser mes plaies, de dormir au chaud de sa tendresse pour repartir un peu plus forte à chaque fois, un peu plus apaisée, de reprendre le chemin de l'adversité et du deuil en étant quelque peu réparée. Aujourd'hui, je n'ai plus qu'un seul havre de paix, ma petite maison temporaire où je ne suis que locataire. Elle lui ressemble un peu car son âme y flotte et l'embellie. Malgré tout, me réfugier chez elle me manque parfois terriblement... Mes questionnements, mes doutes, mes incertitudes, elle savait y répondre avec sagesse, les alléger, les éloigner et aujourd'hui je dois me dépatouiller avec tout cela autrement. Ces échanges tout en douceur, rire et tendresse n'existent plus que dans mes souvenirs...
A ma mère et ses havres de paix, son regard attentif et aimant me manque terriblement.
Sa petite dernière.
